Par Monts et par Vaux

 

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Bussana Vecchia (Imperia, Ligurie, Italie)

Vers l’index des Villages et Villes de la Province d’Imperia en Ligurie

 

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L’histoire extraordinaire de Bussana Vecchia

 

Bussana Vecchia (Imperia, Liguria, Italia) (pour toutes les photos de la page)

 

Bussana Vecchia est un village témoin à plus d'un titre, témoin en premier lieu du terrible cataclysme qui ravagea son espace, détruisant nombre de maisons, en quelques secondes...

Si le village retrouva la vie après avoir été un pâle spectre, il le dut à des artistes idéalistes qui y créèrent une communauté utopiste sans propriété privée où tout n'était que partage, création pour la beauté du geste...

Puis vinrent les dissensions et la fin du rêve...

Retour aussi des descendants des habitants sinistrés venus réclamer leur droit à vivre dans leur maison familiale...

Et enfin, la spéculation immobilière et les embrouilles juridiques...

 

Malgré tout, l'ambiance qui  se respire à Bussana Vecchia est loin d'être celle des autres villages ligures de la région; même si la vie a repris, quelque chose s'est arrêté là, suspendu dans l'instant.

 

Pas de volets aux fenêtres qui restent telles des yeux qui ne se refermeraient plus devant tant d'horreurs, comme écarquillées éternellement...

Pas de toits en tuiles, que des terrasses...

Aucun crépi, de la pierre brute.

Pas d'oratoire ni de statues, les niches restent et demeurent vides...

Pas d'odeur de cuisine si alléchantes ailleurs...

Les gens qu'on croise semblent être de visite ou attendre le chaland.

Le village semble n'aspirer qu'à une chose : retrouver une paix qui se fait attendre...

 

Petit village médiéval situé sur les collines qui dominent les vallées de l' Argentina à l'est et de l'Armea à l'ouest, à 8 km au Nord-Ouest de San Remo (Provincia d'Imperia , Liguria), commune dont il fait partie, Bussana Vecchia est un endroit particulier empreint d'une histoire douloureuse dont il porte encore les stigmates et qui lui donne toute son authenticité.

Visible depuis l'autoroute il se dresse, village fantômatique, sur un piton rocheux dominant les cultures de fleurs en serre auxquelles ce territoire est désormais consacré comme beaucoup d'autres dans la zone et qui a donné son nom à toute la région "Riviera dei Fiori".

Subsiste malgré tout un peu de maquis méditerranéen.

Il surplombe aussi la nouvelle prison.

 

Probablement fondé sous l'Empire Romain et nommé Armedina ou Armedana, la colline où fut bâti le village fournissait l'argile, matière première aux fabriques de céramique, propriété probablement des Vipsanii (auxquels elle devrait son nom) membre de la famille du  général Marco Vipsanio Agrippa.

 

Ce n'est qu'au VIIème siècle après JC qu'est attestée une présence stable sur cette zone.

En 641, suite aux invasions des Longobardi ("hommes à la longue lance ", peuple qui à la suite des Goths s'avança peu à peu vers le Sud et fit irruption dans la plaine du Pô en 568 qu'ils s'approprièrent de façon plus brutale et destructrice que leurs prédecesseurs; leur nom resta  dans la toponymie :  la Lombardie, terre des Lombards), la population autochtone de la côte se réfugie dans la zone du Valle Armea où elle demeure jusqu'à la seconde moitié du Xème siècle.

 

Commencèrent alors les incursions répétées des pirates Sarrazins qui détruisirent le village au Xème siècle.

Les survivants de ces attaques furent poussés à déménager à nouveau vers des endroits plus élevés car offrant une vue dégagée sur la mer et aussi plus facilement défendables de par leur situation en hauteur.

Chacun construisit sa maison en la joignant à celle des autres pour former un unique fortin au sommet de la colline.

Ainsi se créèrent spontanément les premières structures défensives.

 

Le château aurait été construit vers 1050 par le seigneur féodal du lieu, membre des comtes de Vintimille.

 

Entre 1162 et 1177, Bussana tomba sous la domination des comtes de Ventimiglia.

A cette époque, le comte Ottone de la famille des comtes de Ventimiglia fit construire un château à but défensif dans la partie la plus au Nord du village.

Il devait s'agir au début d'une petite construction fortifiée pour la défense de laquelle se dressaient deux tours (dont il ne  reste que peu de vestiges identifiables) servant de prison territoriale et de manifestation concrète du pouvoir féodal.

Au fil des années, il subit des progressives extensions perdant peu à peu sa connotation défensive pour assumer de plus en plus des caractéristiques purement résidentielles.

 

Dès la seconde partie du XIIème siècle une partie du bâtiment était inhabitée.

 

Les siècles passant, l'abandon du noyau fortifié devient de plus en plus évident et à la fin du XIVème siècle les parties intérieures sont déjà en ruine.

 

Un siècle plus tard, au XIIIéme siècle,en 1259 (ou 1261), Bussana est vendue par le comte de Ventimiglia à la Repubblica Marinara di Genova (Gênes) qui lui laissa une relative indépendance.

Elle devient une libre commune régie par ses propres statuts

Malgré tous ces changements, Bussana continua  de lutter pour conserver son autonomie politique et culturelle qu'il semblait improbable de concéder à une si petite communauté (seulement 250 habitants).

Cependant, elle lui fut concédée accordée ponctuellement de 1429 à la fin de 1928.

 

Entre temps, le château originel perd sa fonction défensive et devient une structure résidentielle.

La chapelle annexe continue d'être un lieu de culte pour les habitants du village.

 

De la fin des années 1300 au XVème siècle, on voit un fort accroissement de la population et de fait un fort développement de la contruction.

En 1404, la première église, construite sur les restes de la précédente est complétée et dédiée à San Egidio.

Les pierres arrondies, gros galets du lit du torrent, remplacent les pierres de taille romaines dans l'édification des habitations.

Le château abandonné est désormais en ruine.

 

 

Au XVI ème siècle, Bussana s'étendit en dehors de ses murs, de la Rocca (ou le Rocche) aux Fascette ( terrasses, faisses) ainsi nommées de par la conformation du terrain , au Sud Est du village.

Tous les bâtiments de cette zone, sauf ceux préexistants remontent à cette époque.

Ils se concentrent principalement autour de l'église.

 

En 1505, les travaux de San Egidio  se poursuivent avec l'ajout de deux nefs latérales.

 

La structure "a pigna" en pomme de pin typique des villages édifiés sur des terrains très escarpés devient encore plus évidente comme on peut encore le voir dans le noyau originel de San Remo.

Les maisons sont réparties de façon circulaire  autour du château, en cercles concentriques interrompus occasionnellement par de rares bâtiments plus grands.

 

L'oratoire de San Giovanni Batista, édifié en 1615 sur la piazzeta Bauda, se situe à l'Ouest du village et donne vue sur  les cultures.

 

Le XVIIème siècle  voit le complet remaniement de l'église qui passe du Roman au Baroque.

En 1652, une grande partie de l'église est démolie.

Les colonnes qui délimitaient les deux nefs sont supprimées et sur les côtés sont rajoutées six chapelles avec leurs autels respectifs de style baroque.

De même la façade à deux styles et le campanile.

Les décorations somptueuses sont confiées à un jeune peintre de Osteno (Lugano), Gerolamo Comaneti qui y consacra toute sa vie, acheva les stucs, fresques et peintures d'un bon niveau.

 

La vie dans le village se poursuit paisiblement au cours des deux siècles suivants, le village restant quasiment inchangé.

La population est essentiellement rurale et pratique la culture de l'olivier, des agrumes et de la vigne (moscatello renommé) sur des terrasses (fascette) et de petits élevages.

La vie religieuse assume un rôle toujours majeur à tel point que l'église sera par la suite décorée et restaurée un siècle plus tard par son neveu qui portait le même nom; il y rajouta des fresques et stucs afin de parfaire la décoration des chapelles latérales; les peintres Antonio Storace di Sampierdarena et G. B. Marazzo de Riva Ligure participèrent aussi aux travaux.

 

En1807, les frères Adani de Como restaurèrent la façade.

 

A partir du XIXème siècle, on commence à ressentir les premières alertes sur la dangerosité du site, encore considéré de nos jours comme une zone à risque sismique modéré :

23 Février 1818 (échelle VIII de Mercali).

26 et 28 Mai 1831, un peu plus fort que le précédent VIII à IX ( VIII à Bussana où 24 maisons s'écroulèrent).

1851.

29 Décembre 1854, d'une intensité maximale de VIII qui provoqua l'effondrement d'une maison et qui fit quelques blessés légers.

 

Suite aux premiers tremblements de terre d'une certaine ampleur, les habitants décident de renforcer les habitations en construisant les typiques arches qui réunissent à hauteur du 1er ou 2ème étage les habitations qui se font face de chaque côté des étroits carrugi de Bussana Vecchia.

Ces arcs maçonnés, appelés arcs de contraste ou arcs de confortement (archi di contraspinta) vont de point dur à point dur c'est à dire de plancher à plancher ou de mur de refend à mur de refend.

Technique très répandue en Ligurie et dans les Alpes Maritimes, elle offre une relative souplesse et permet une meilleure transmission des contraintes horizontales au niveau des planchers.

Les immeubles deviennent ainsi un ensemble de blocs dynamiques et plus des blocs isolés.

La plupart des constructions étaient constituées de bâtiments à 2 ou 3 étages, exceptionnellement 4.

Le rez de chaussée était dédié uniquement aux activités agricoles et artisanales, les étages supérieurs aux habitations.

Ces arches offrirent une relative protection durant le tremblement de terre de 1887.

Sans elles et les passages voûtés, le nombre des victimes aurait été bien plus élevé.

 

Le séisme le plus violent qui frappa Bussana Vecchia survint le Mercredi 23 Février 1887, Mercredi des Cendres.

Encore plus fort que les précédents, d'une intensité maximale de X à l'épicentre, VII à IX à Bussana, tuant 53 personnes et en blessant 27 sur une population totale de 820 habitants.

24 maisons s'écroulèrent , 49 jugées dangereuses furent détruites.

 

Il signera le destin du village.

Il toucha toute la côte Ligure et les villages de l'arrière pays, mais c'est à Bussana que les plus gros dommages matériels furent furent à déplorer.

Bajardo par contre paya le plus lourd tribut humain à la nature déchainée : 220 personnes ...

 

A 6 heures 21 du matin, une secousse de 20 secondes d'une extrême violence causa destructions et morts  immédiates dans tout le village.

Une grande partie de la religieuse population se trouvait dans l'église où elle suivait la messe.

L'effondrement du mur en face de la façade de l'église avisa la congrégation du danger et beaucoup cherchèrent refuge dans les chapelles latérales.

Mais une autre réplique fit s'écrouler le lourd toit en voûte de l'église, tuant un certain nombre de personnes.

Fort heureusement,certains paroissiens purent échapper au sort funeste des habitants de Bajardo, ensevelis dans l'église dès la première secousse...

 

Les témoignages des survivants de l'époque rendent bien vivant ce moment apocalyptique où tout s'est joué en une poignée de secondes, dans un lieu sacré où chacun se pensait à l'abri, 69 ans après le premier avertissement sans frais...

 

"C'était le premier jour du Carême, à 6 heures 25...

Le curé avait imposé les cendres sacrées au dernier arrivé quand il sembla que la douce brise des instants  précédents s'était subitement changée en un vent furieux qui augmentait, s'enflait en un crescendo effrayant.

La terre s'ébranle, cahote  enfin elle ondule puis se retourne en bouillonnant; on dirait la fin du monde: on entend des bruits divers de murs tombés, de boiseries qui se brisent, de fer qui se tord mais, à un moment, les cris désespérés sont étouffés  par un sourd et profond grondement qui domine tous les autres.

C'était la voûte qui tombait.

Dés la première secousse le curé comprit le danger imminent et depuis l'autel il cria :

"Tremblement de terre , tremblement de terre, sauvez vous!!!"

Les gens comme par  instinct se réfugièrent dans les chapelles latérales et lui sous l'arc (arche) de la petite porte de la sacristie.

La dense  poussière  produite par la chute de la voûte plongea l'église dans la plus grande obscurité.

Passant entre les débris et les ruines il attint la balustrade, leva les yeux au ciel et vit les étoiles.

Seuls l'arc surplombant le choeur et les arcs des chapelles étaient encore debout."

 

Sa présence d'esprit sauva les quelques 200 fidèles rassemblés dans l'église où seuls trois morts furent à déplorer.

 

La presque totalité des habitations de la partie haute  située autour du château est détruite, ensevelissant une centaine de personnes.

Les maisons des deux côtés de la Via Rocca et de la via della Volta sont complètement écroulées.

Plus de 100 personnes restèrent prisonnières de la partie nord des Rocche quand les voûtes en arc s'écroulèrent  bloquant les accès et coupant donc les issues

24 maisons s'écroulèrent, 49 jugées dangereuses furent démolies, 2 restèrent indemnes.

 

Parmi les édifices les plus touchés, le château déjà en ruine au moment du séisme et l'église Santa Maria delle Grazie (précédemment dédiée uniquement à San Egidio) de style baroque construite en 1652 à la place d'un édifice médiéval existant déjà au XIVème dont il ne reste plus que les quatre murs et le campanile.

Ci-dessous, au 1er plan, « San Giovanni Battista » et au second plan  « Santa Maria delle Grazie » :

 

Ci-dessous, la façade de l’église principale : Santa Maria delle Grazie :

 

 

Et ci-dessous les restes de l’oratoire San Giovanni Battista :

 

Dans les petites ruelles avoisinantes, c'était un spectacle de désolation : pans de murs branlants préts à s'effondrer, poutres, objets divers de la vie quotidienne et familière réduits à de pitoyables et dangereux vestiges après la tempête.

Le  sauvetage se révéla difficile et très périlleux étant donné l'état précaire des murs  tenant par miracle et menaçant de s'écrouler à tout instant et la fréquence des répliques.

La seconde fit s'effondrer des ruines, ensevelissant des sauveteurs.

La population fut obligée par l'armée de quitter le village, sans pouvoir rechercher les éventuels blessés sous les gravats.

Une trentaine de soldats se portèrent au secours de la malheureuse population.

Le Lieutenant Mattei sauva deux enfants ensevelis sous les décombres et appelant leur mère, morte à leur côté.

Seule anecdote amusante dans ce contexte, celle d'un homme blessé resté 6 heures la tête en bas, prisonnier des murailles  qui, quand les sauveteurs lui présentèrent la réconfortante bouteille de rhum, demanda :

"Elle est toute pour moi??!!"

Deux  jours après, le vendredi, ils retirèrent encore d'une maison, une mère et sa fille qu'on croyait mortes.

 

Les survivants décidèrent tout d'abord de se retirer du village et de camper dans des logements de fortune payés de leur poche, des cabanes de bois dans la zone basse du village en attendant de voir s'il était possible de récupérer d'une  quelconque façon les constructions les moins endommagées et de reconstruire celles écroulées.

Une commission d'experts fut chargée de rédiger un rapport sur la nature des dégâts et d'étudier la faisabilité de la reconstruction.

Elle conclut que ce dernier tremblement de terre venant s'ajouter aux précédents rendait impossible toute restauration et reconstruction et qu'il était bien plus sûr d'abandonner le village et de le reconstruire plus bas.

En réalité, la situation était présentée sous un jour bien plus  tragique qu'elle ne l'était..

Certains soutinrent que le campanile était sur le point de s'effondrer, d'autres prédirent l'effondrement de maisons, dont certaines sont toujours là.

Il faut y voir la suite du choc post traumatique, mais probablemant aussi des arguments liées à des fins de spéculations immobilières...

La majorité des habitants était opposée à cette décision, ils voulaient restaurer leurs vieilles maisons et étendre le vieux village pour remplacer celles qu'il n'aurait pas été possible de récupérer... mais on ne tint pas compte de leur avis...

Restait le poignant souvenir du tremblement de terre et les injonctions répétées des autorités à faire respecter l'interdiction d'accéder au village...

Il fut donc facile de les convaincre d'accepter de fonder le village de Bussana Nuova, dans une zone 3 km en aval appelée Capo Marino.

 

En 1889, le 14 Juin,  la première pierre de la mairie de Bussana Nuova fut posée.

Le Dimanche des Rameaux de l'année 1894 (soit 7 ans aprés le sinistre) les habitants se retrouvèrent pour la dernière fois dans leur implantation d'origine pour célébrer la dernière messe .

Aprés une dernière cérémonie officielle en mémoire des morts, ils sortirent  à pied de la vieille Bussana et marchèrent vers le nouveau village en chantant l'hymne biblique "In exitu Israel de Aegypto ".

Ils abandonnèrent le village qui désormais sera appelé Bussana Vecchia.

Il fut administrativement rayé de la carte.

Ils durent payer de leur propre poche les nouvelles maisons qu'on leur proposait au moyens de prêts qui se révélèrent plus élevés que prévu..

 

Pendant près de 10 ans cette situation perdura, même si elle était  mal acceptée au point que les habitants intentèrent des réclamations écrites auprès du  Conseil Communal de San Remo qui ordonna l'évacuation, la destruction de tous les accès aux premiers étages et le défoncement des voûtes et planchers restants, rendant ainsi toutes les maisons inhabitables.

 

Cinquante années durant, les éléments naturels de l'érosion s'emparèrent du village.

Pluie et froid pénétrèrent les murs, et la végétation reconquit le sommet de la colline et s'infiltra dans les ruines et les moindres jointures des pierres.

Le processus de délabrement fut accéléré par la vandalisation des ruines exploitées comme dépôt de matériel de contruction gratuite.

 

En 1947, le village devint le refuge temporaire de quelques familles d 'immigrants du Sud le l'Italie à la recherche de travail et qui essayèrent de s'y établir de façon permanente pour certaines.

L'administration de San Remo, dont dépend désormais Bussana Vecchia,  fit tout son possible pour éloigner ces personnes de l'endroit.

Aprés quelques évictions par la police, les autorités  imposèrent  la destruction par la force, manu militari  de toutes les habitations encore en partie sur pied dans les années 50.

 

On y tourna des films de guerre ce qui contribua encore à dégrader son état.

 

Bussana resta un village fantôme pendant près de 60 ans.

 

En 1959, le peintre et céramiste Turinois, Mario Giani, Clizia de son nom d'artiste, découvre le village complètement désert et dévasté à l'époque.

Touché et ému sans doute par la force qui se dégage de ce site et y trouvant une puissante source d'inspiration, il lance l'idée d'y créer une communauté internationale d'artistes qui y résiderait.

 

Avec le poète Giovanni Fronte et le peintre Vanni Giuffrè, ils fondèrent la Communauté Internationale des Artistes.

Fut décidé en commun un statut, une sorte de constitution visant à régir la vie du village et surtout les rapports sociaux entre les membres.

 

Les bâtiments de Bussana étaient à la disposition de la communauté, on ne pouvait en revendiquer la propriété mais en user pour y développer une activité artistique.

Puisque les ruines n'appartiennent plus à personne, quiconque veut s'établir dans le village , peut choisir la sienne et la restructurer en utilisant exclusivement les matériaux présents sur place (tuiles, pierres et briques récupérés sur les décombres) en respectant la structure médiévale du village.

On ne peut profiter de cet emplacement qu'à des fins artistiques et quand on décide de quitter le village, le successeur doit seulement rembourser symboliquement les dépenses engagées lors de la reconstruction.

Tout lieu abandonné pour plus de 3 ans revient à la communauté qui  peut les attribuer à d'autres artistes pour y installer un atelier.  

De plus, ne sont pas autorisés la vente de ses propres productions.

 

Malgré le total abandon et dénuement du village, privé de toute viabilité (eau, électricité,gaz, égouts, téléphone) la vie reprit très rapidement.

Artistes et artisans venant d'Italie et d'Europe entreprennent la restauration du village avec de très faibles moyens mais une grande passion, avec "la foi qui déplace les montagnes" ils déblayèrent des montagnes de décombres.

 

Cette constitution fonctionna jusqu'à ce que les habitants du village, prés d'une douzaine jugent peu correct que le fruit de leur dur travail de reconstruction aille à la communauté toute entière.

Ils décident donc de ne maintenir collectivement que certains lieux dont une galerie qui accueille les oeuvres de tous les artistes du village.

 

En 1963, Clizia le fondateur et l'initiateur du projet quitte le village pour  fonder une école communale de céramique à Castigliole d'Asti.

 

Le village n'était habité à l'époque que de façon saisonnière mais le noyau d'artistes continua à grandir jusqu'à atteindre une trentaine de personnes en 1968.

D'Italie, de France, d'Angleterre, d'Allemagne, d'Autriche, de Suède , du Danemark et des Pays Bas , de nombreux artistes, qui sculpteur, céramiste, écrivain, musicien, acteur ou dessinateur joignirent leurs efforts pour créer un village international d'artistes et de libres penseurs.

Communiquant en anglais ou français, ils se retrouvent dans des espaces communs pour débattre et philosopher.

Mais des divergences internes finissent toutefois par faire capoter le projet initial du village qui se scinde en deux groupes d'artistes, chacun possédant sa propre galerie et ses propres espaces communs.

Jusqu'à 1968 quand naît le premier atelier individuel.

 

Cependant, est toujours dans l'air, bien présent, le danger d'évacuation quand les habitants de Bussana Nuova s'opposent au repeuplement du vieux village.

Ces tensions entre résidents, descendants des habitants d'origine et police prennent de l'ampleur et s'enflent.

L'évacuation du village est décidée le 25 juillet 1968, la police est envoyée sur les lieux .

Et se trouve face à tout le village soudé et uni à nouveau face au péril ,campé derrière  des barricades qui empêchent toute intervention de la police,qui préfère abandonner la partie et éviter la confrontation face à la ferme détermination des insurgés.

Le tout en présence de nombreux journalistes internationaux.

 

Le village retrouve donc une certaine unité bien que les besoins et exigences des résidents permanents (une dizaine) soient bien éloignés de ceux des saisonniers; si les saisonniers se contentent de la lueur des bougies et de l'eau de pluie les permanents souhaiteraient le raccordement du village au réseau  hydraulique et électrique.

 

Dés le début des années 70, les premiers problèmes sur la reconnaissance légale des lieux apparaissent...

La propriété privée commence à être envisagée comme une nécessité; on est bien loin des idéaux premiers de la Communauté des Artistes...

En attendant les descendants des habitants d'origine du village fondent l'association des "Amis de Bussana" dans l'intention de se réapproprier les zones appartenant à leurs ancêtres .

Pour ce faire, ils clôturent  toute la partie Nord du village et s'en déclarent propriétaires.

 

Au début des années 70 elle n'est encore visitée que par le tourisme d'élite, les saisonniers vivent d'autres ressources et ne se trouvent à Bussana que pour des essais créatifs. Les résidents par contre doivent compter sur les revenus de leur propre activité artistique et cherchent donc à attirer au village le tourisme de masse, en pleine explosion à cette époque. Avec de tels buts, la production artistique ne tarda pas à glisser vers les objets d'artisanat pour profiter du nouveau marché créé.

 

Entre temps, en 1974, l'adduction d'eau est reliée à l'aqueduc communal de San Remo, 1976 voit l’installation des égouts.

 

En 1976, tous les habitants sont réunis pour décider de l'avenir du pays et on décide de fonder le comité du Village de Bussana Vecchia (Comitato del Borgo di Bussana Vecchia). Ce comité est donc reconnu officiellement par la commune de San Remo et par l'administration décentralisée de Bussana Nuova, est adopté le nouveau nom de Bussana Vecchia. La même année sont reconnues les premières résidences et en 1977 - printemps 1978  l'électricité est installée dans tout le pays.

 

Cette amélioration des conditions de vie et de travail provoque une forte augmentation de l'afflux d'artistes et artisans, ce qui, combiné au départ des acteurs du premier jour de la renaissance a pour effet de diluer encore un peu plus les idéaux qui unissaient la communauté à ses débuts.

 

Début 80, la population résidente s'élevait à plus d'une centaine de personnes. Toutefois les habitants n'étaient plus exclusivement des artistes, le boom économico-spéculatif de l'époque avait poussé beaucoup de personnes à penser faire des gains faciles avec le tourisme estival en ouvrant des boutiques d'artisanat plus accessibles au grand public et donc en abaissant le niveau de qualité des productions artistiques.

 

Le développement du village intéressa alors aussi la commune de San Remo qui, en 1982 lança un concours international pour décider de la retructuration à mettre en place .

 

Entre temps est reconnue officiellement la "Nuova Comunità Internazionale Artisti" association précédemment légalement reconnue qui recueille et se fait le porte parole de tous les habitants du village. Elle a pour objet de donner aux habitants un instrument idéologique et pratique capable de régir leurs activités tout en les faisant correspondre avec  les principes inspirés par la communauté d'origine en prenant en compte l'évolution de leurs conditions de vie.

Les objectifs sont de donner vie à une coopérative de travail, créer une image de marque pour les artistes de Bussana, développer des activités culturelles et promotionnelles et résoudre les nombreuses difficultés pratiques que les habitants doivent affronter quotidiennement.

 

Du point de vue artistique, la totalité du village devient un laboratoire ouvert dans le but de réduire la qualité médiocre des objets désormais présentés et vendus dans les différents ateliers.

 

En 1984, le Ministère des Finances établit définitivement que les bâtiments sont encore considérés de façon erronée comme propriété des habitants de Bussana mais qu'en réalité ils sont propriété de l'Etat. Que ceux qui résident dans le village depuis plus de 20 ans toufefois, prouvent ou essayent de faire une demande pour se faire attribuer la propriété par usucapion (voir explication du terme juridique) mais ce n'est que le départ d'une longue et complexe histoire burocratico administrative dont bien peu ont réussi à sortitr facilement.

 

Ce fameux concours, terminé en 1986 n'a fait aucun progrès depuis quant à la réalisation du projet primé.

 

La lutte contre l'Etat, pour se voir reconnaitre la propriété par usucapion des maisons occupées devient de plus en plus âpre, à tel point que les innombrables difficultés auxquelles doivent faire face les habitants minent encore davantage l'élan artistique... Cette lutte se poursuit encore de nos jours, à coups de décrets  et de tampons officiels (carte bollate).

 

Entre la fin 80 et les débuts 90 on assiste à une croissance du phénomène spéculatif immobilier dans le village.

A l'origine, si on quittait Bussana Vecchia, on demandait à son successeur un simple remboursement pour les frais engagés dans la restauration de l'édifice.

Mais, par la suite, l'afflux d'artistes et artisans dans le village a engendré un véritable marché immobilier.

Ces dernières années, un nombre croissant de maisons est acheté (par qui, en vertu de quoi, et à quel titre puisque la propriété n'existe pas à Bussana ?) par des personnes résidant à Bussana uniquement à des fins touristiques.

 

Ci-dessous, la beauté et le charme des petites ruelles de Bussana Vecchia aujourd’hui :

 

 

 

N'en demeure pas moins, au détour de ces imbroglio juridiques inextricables, de ces absurdités bureaucratiques, de l'idéal artistique compromis par le tourisme et ses nécessités mercantiles, le charme étrange d'un village ni tout à fait détruit ni tout à fait relevé...

Et qui en a tant vu entre la colère de la Terre et les appétits des hommes...

 

Bussana Vecchia (Imperia, Liguria, Italia) (pour toutes les photos de la page)

 

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